Le Témoignage comme Arme de Combat
Pour le Droit des Femmes…



Pour les femmes victimes de violations
De leurs droits fondamentaux,
Le témoignage est-il un combat?
Utile? Nécessaire ?


Telles sont les questions qui ont animé la table ronde du 1er juillet organisée dans le cadre du 3e Forum mondial des droits de l’Homme de Nantes. Maïté Albalgly, militante politique franco-chilienne, Gloria Cuartas, ancienne maire de la ville d’Apartado (Colombie), Raina Radzaif, activiste membre d’Amnesty International en Malaisie, William Bourdon, avocat spécialisé dans la défense des droits de l’Homme et Moïra Sauvage, journaliste et auteure, ont partagé leurs expériences et analysé l’importance du témoignage dans ce combat.

Pourquoi les femmes, victimes de violences,
Et qui ont vu leurs droits bafoués,
Se doivent de témoigner ?

"Pour que leur combat devienne collectif", répond Maïté Albagly, militante politique franco-chilienne. Considérée comme dissidente politique dans son pays, elle est emprisonnée, torturée et violée par les sbires de Pinochet, lorsque ce dernier détenait le pouvoir au Chili. Quand Maïté Albagly est sortie de ce calvaire, elle n’avait pas la force de témoigner, de raconter à tous qu’elle avait été violée, elle ressentait plutôt le besoin de se reconstruire seule. «Mais rapidement, je me suis rendue compte que le combat devait être collectif. J’ai eu envie d’aider les autres femmes. La violence faite aux femmes est trop souvent cachée, car elle est honteuse. Or, le témoignage aide souvent la justice. Dans mon cas, il a permis d’aider à lever le voile sur ce qui se passait dans mon pays pour que, jamais plus, ces choses ne se produisent ».

Avoir les Moyens de Donner la Parole aux Femmes…

Si le témoignage individuel, puis collectif, semble essentiel pour que justice soit faite, il est, dans certains pays, très complexe à recueillir et encourager. En témoigne Raina Radzaif, membre d’Amnesty International en Malaise, chargée de recueillir les témoignages de femmes migrantes, soumises à la loi islamique et victimes de violence. «Nous constatons de plus en plus de cas de violence domestique dans les familles de réfugiés», confie la jeune femme. Rien ne protège les droits de ces femmes. Pour elles, témoigner dans un pays musulman comme la Malaisie, est très difficile, car l’Islam se radicalise. Malheureusement, ces femmes semblent accepter les changements imposés par cette radicalisation. Elles nous disent que nous n’avons pas bien appris le Coran, que nous sommes influencés par l’Occident ».

Pour pouvoir faire face à ce contexte, Raina Radzaif souhaite disposer de plus de moyens pour développer des outils adaptés, réaliser des études sur les droits de l’Homme, et plus particulièrement le droit des femmes dans l’Islam. «Ceux qui soutiennent l’Islam ont des financements», dénonce Raina Radzaif. «Nous devons aussi avoir les moyens d’aider les femmes à prendre la parole. Notre lutte doit se faire dans un cadre religieux et non pas occidental, comme c’est le cas aujourd’hui »…

Influer sur les Organes Politiques…

Pour Gloria Cuartas, ancienne maire de la ville d’Apartado, dans la région de l’Uraba en Colombie, le témoignage collectif de femmes, à l’image des Mères de la place de Mai, est capital car il doit permettre d’influer sur les organes politiques. Et Gloria Cuartas en sait quelque chose. En tant qu’ancien maire d’Apartado (de 1995 à 1997), elle a connu et connait encore aujourd’hui des menaces. Toujours en danger de mort dans son pays, Gloria Cuartas poursuit son combat pour les femmes et milite pour que la Colombie parvienne à un véritable processus de paix, avec le soutien de l’Union européenne.

Grâce au prix de l’Édit de Nantes qu’elle recevra jeudi au Forum mondial des droits de l’Homme de Nantes, elle pourra voyager plus librement dans son pays. Si ce prix est un signe de reconnaissance de son combat, Gloria Cuartas souligne aussi que «la participation des hommes, pour comprendre le droit des femmes, est essentielle».

De l’Universalité dans le Droit des Femmes…

Et William Bourdon l’a bien compris. Seul homme de cette table ronde, l’avocat estime que c’est un privilège pour un homme de parler du droit des femmes.

«Parler du droit des femmes pour un homme, cela ne va pas de soi. D’autant plus lorsqu’il s’agit de parler de la violence des hommes sur les femmes. Mais la présence d’un homme est indispensable, car, pour donner de la force à ce sujet, il faut parvenir à le fédérer » , mettre de l’universalité dans la question du droit des femmes.

C’est aussi l’ambition de la pièce «Le monologue du vagin» d’Eve Ensler. Jouée dans près de 140 pays, elle est aujourd’hui l’une des pièces rencontrant le plus de succès dans le monde.

«Avec cette pièce, le mouvement V-Day est né», raconte Moïra Sauvage, journaliste et auteure de «Les aventures de ce fabuleux vagin». L’idée est de transformer les témoignages qui font la pièce en combat. N’importe quelle femme peut la jouer. Et l’argent récolté lors de la représentation est reversé aux femmes de terrain qui luttent contre les violences faites aux femmes».

La pièce est ainsi devenue un outil de solidarité: V-Day a distribué près de 50 millions de dollars aux associations de pays dans lesquels elle a été jouée. «La pièce a aidé à libérer la parole des femmes et sensibiliser… les hommes». Car dans le public, on trouve souvent près de 40 % d’hommes.

Et c’est une bonne nouvelle, car c’est avec les hommes que le combat des femmes se réalisera pleinement, que leur témoignage individuel ou collectif sera plus fort.

Marie Ernoult

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