Si j'étais Dieu…

Je ne Changerais strictement Rien à ce qui Est !
Le Monde est Parfait tel qu'il Est...



Tout dépend précisément de l'idée que l'on se fait de l'objet de la création. J'en suis venu à penser que cet objet est l'éveil de la conscience. Et plus je prends de l'âge, plus je suis convaincu que non seulement tel est l'objet de la création mais que les conditions qui nous sont faites favorisent cet éveil. Les conditions, c'est-à-dire les difficultés, les épreuves, de même que notre incompréhension, notre incrédulité devant les difficultés et les épreuves, qui ajoutent encore à la souffrance.

De plus, au fur et à mesure que la conscience s'éveille, nous devons faire face à de nouvelles difficultés, à de nouvelles épreuves qui ébranlent nos convictions ! A chaque étape du cheminement, il nous faut reprendre le raisonnement depuis le début afin de se convaincre à nouveau que la souffrance est bien le principal moteur de l'éveil de la conscience.

Il y en a d'autres, c'est sûr, comme par exemple la beauté de certains êtres, de la nature, d'œuvres d'art, de même que les vertus telles que le courage, la patience, la justice, la générosité et la compassion... Or, la souffrance demeure quoiqu'on en dise le principal moteur de l'éveil précisément parce qu'elle fournit les occasions d'exercer la plupart de ces vertus. Ultimement, la démarche vise à nous ramener à la Conscience, à l'Être véritable.

Je ne crois pas pour autant qu'il faille susciter volontairement des occasions de souffrir. Inutile d'en rajouter au lot qui nous fut dévolu à la naissance ou plutôt avant même de naître. La naissance elle-même est une souffrance bien que je constate que la plupart des êtres humains contribuent pour une large part à leur propre souffrance.

Dans l'ensemble, il faut bien le dire, nous sommes peu doués pour le Bonheur. La souffrance, associée au destin de chacun, représente la part qu'il doit personnellement assumer. Inutile d'en rajouter : « A chaque jour suffit sa peine »...

Ce que je dis ne suggère donc pas de rechercher la souffrance et de l'augmenter mais, au contraire, de la diminuer ! Cet énoncé peut sembler contradictoire : si la souffrance constitue le principal moyen d'élever la conscience, pourquoi souhaiterions-nous la diminuer ? .

Ce n'est pas tant la souffrance qui est le principal moyen d'élever la conscience que la compréhension à laquelle elle donne lieu, la compréhension des lois qui régissent l'Univers. Aussi longtemps qu'on refuse la souffrance, cette compréhension nous échappe. Mais sitôt qu'on accepte la souffrance pour ce qu'elle est, la compréhension s'étend et la conscience s'élève. .

Il est souhaitable d'échapper le plus possible à la souffrance, non pas en la fuyant, ce qui a toujours pour effet de la rendre plus pénible encore, mais en comprenant le sens de la fonction qu'elle remplit dans nos vies. .

La compréhension qui découle de l'expérience et de l'étude permet de grandir et contribue ainsi à élever la conscience. Si on veut atténuer la souffrance, on a donc tout intérêt à augmenter sa compréhension du sens de la vie, c'est-à-dire à rendre la souffrance un peu moins nécessaire et, petit à petit, de moins en moins nécessaire et même, éventuellement, plus du tout nécessaire. .

Ces propos ne sont pas pessimistes. Ils invitent simplement à considérer l'expérience de la vie pour ce qu'elle est et à se libérer le plus possible de l'idée que l'on se fait de ce qu'elle pourrait être ou devrait être... .

Partir de ce qui est, c'est toujours plus sûr faute de quoi on vit de fabuleux espoirs qui entretiennent la souffrance en nous faisant percevoir la vie à partir d'un manque, d'un gouffre et de tout ce qui n'est pas. .

Finalement, on finit par découvrir le sens de l'expérience humaine, la structure même de la vie ! On passe la moitié de la vie à se faire un ego fort et l'autre moitié à le défaire. Et pour nous aider dans cette entreprise, il y a la maladie et la vieillesse... Et si, malgré tout, l'ego résiste, eh bien, il y a la mort ! .

Jacques Languirand

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