La Grâce… Etre prêt à tout…



Marie-Madeleine, un Amour infini…

Page 158 du Livre de Jacqueline Kelen.


Les hommes qui fuient devant la passion… Lâches, apeurés, ils ont vite, très vite colmaté la brèche dangereuse. Ils ont dressé triple rempart, se sont réfugiés dans une relation connue, éprouvée, quotidienne. Ils ont accru leurs habitudes.

Rien n’a changé, rien n’est arrivé et ils ont bien réussi à s’en persuader mais sans se consoler tout au fond de la perte, une perte inouïe, la perte de l’imprévisible.

Ils ont voulu contenir, enfreindre, cacher, ce qui était fulgurant. Ils n’ont pas osé, ils se sont gardés. Et horreur ! Ils ont continué comme par le passé, comme avant, en pensant faire, tout de même, une petite place – un genre 5 à 7 – à la passion ; la loger dans un petit coin.

Non que je sois blessée, attristée, jalouse. Non. Il ne s’agit pas de moi, je ne m’inquiète pas de moi, puisque je sais que chaque passion me fait vivre et croître, que le phénix est innombrable et immense. Il s’agit de la Passion, de l’Amour. J’ai mal, j’enrage, je pleure non sur moi mais sur l’Amour : douleur devant les cœurs fermés, ces hommes étroits, impuissants ; tous ceux qui n’ont pas répondu à l’appel, qui n’ont pas voulu entendre, qui ont chassé les sirènes, une façon de recrucifier le Christ.

Or la passion ayant de commun avec la patience d’être inlassable, le chemin risque d’être long, les portes nombreuses, les tourments multipliés.

Mais Dieu, n’y aurait-il que les femmes pour oser le geste, vivre la passion et ainsi sauver le Christ ? Moi, la Magdeleine qu’on disait belle et folle, Véronique l’audacieuse au cœur compatissant : sans calcul, sans scrupules, sans retenue ; totales, éperdues, grandes amoureuses qui rachètent tous les autres rampants, tous ceux qui ont renié, jusqu’à Pierre lui-même. Race disparue : il n’y a plus que des tièdes, des grisâtres, du côté de l’arène comme du côté des tribunes. On n’ose plus crier, hurler son Amour. Obscène, comme la douleur.

Comment temporiser après une telle rencontre ?
Est-ce que l’enfant qui nait attend ?
Est-ce qu’on met le vin nouveau dans les outres anciennes ?
Est-ce qu’on dit de l’étoile filante de suspendre sa course afin de revenir au « bon moment », quand on sera « prêt » ?

Mais justement, c’est cela la Grâce… Etre prêt à tout, à tout instant ; être poreux à l’imprévisible, à l’invisible, et jusqu’au bout…

Jacqueline Kelen.

Version PDF de ce Texte de Croix de Lumière...