Les fonctions de la Grande Déesse…


Gaia génitrix, Déesse chtonienne de la fertilité : pour les Grecs anciens, c'est Gaia ou Gê, la Déesse-Terre qui, au début des temps, donna naissance à Ouranos, le Ciel. Ils devinrent ensuite le premier couple qui engendra une innombrable famille de Dieux. C'est Elle qui faisait sortir les fruits du sol et on les lui offrait en remerciement de ses bienfaits.

La Terre, vénérée pour sa fécondité illimitée, représentait avant tout le réceptacle inépuisable de toutes les forces vitales, créatrices des diverses manifestations de la vie et de la maternité, ainsi que des phénomènes cosmiques. Lorsque la Déesse fut associée à un partenaire mâle, elle fut remplacée par Déméter et le premier couple personnifiant le Ciel et la Terre devint le Ciel-Père et la Terre-Mère, Ouranos et Gaia.

Déméter et Proserpine, Déesses du blé nourricier et de l'immortalité : Déméter est une Déesse du Blé, probablement pré-hellénique. Le cycle de la végétation, connaissant une mort et renaissance annuelle, avait inspiré les mystères d'Eleusis où étaient vénérées Déméter et sa fille Perséphone.

A travers la célébration de la descente annuelle de Perséphone dans les mondes souterrains, où elle devient l'épouse d'Hadès qui l'arrache à sa mère, les mystaes étaient initiés, par un rituel complexe, aux mystères de la vie, de la mort et de la renaissance, à travers la prise de conscience de l'immortalité, par delà tous les changements.

En tant que "Dame des Morts", la Montagne-Mère combinait les fonctions et attributs d'une divinité chtonienne qui règne sur les sinistres régions souterraines et qui protège ses habitants en même temps que ceux des régions supérieures.

En Egypte, nous retrouvons la Déesse Hathor, comme "Dame de la Montagne d'Occident", accueillant les morts à Thèbes et nourrissant le Pharaon lors de sa renaissance céleste. Le monde de l'Occident et le monde du sous-terre sont liés aux forces chtoniennes où la vie se prépare, dans la nuit et dans le silence, pour renaître, rajeunie et puissante, à l'aube du nouveau jour.

Dans les temples grecs, l'omphalos ou nombril du monde était symbole à la fois de la Terre et de la naissance. Eminence qui représentait la montagne sacrée qui émergea du chaos, c'était le lieu de rencontre entre le Ciel et la Terre, au centre du monde. C'est là qui se trouvaient les demeures des Dieux : Héliopolis en Egypte, mont Olympe en Grèce, mont Sinaï, mont Meru en Inde, etc.

Dans son rôle de Maîtresse des Animaux, la Déesse était intimement associée à la chasse et à la vie rustique. Elle apparaît en Asie Mineure ou en Crète associée aux animaux, lions, griffons, taureaux, chèvres ou béliers, chiens même. Par la suite, Artémis reprend ce rôle parmi les Déesses grecques. Toutes les créatures de la Nature sont ses enfants et c'est ainsi qu'est représentée l'Artémis d'Ephèse, nourrissant de ses multiples seins tous les êtres vivants.

Les Déesses-Mères des villages et des forêts : dans les textes védiques, les plus anciens des dieux sont Dyuas Pitar, le Ciel-Père, ancêtre du Zeus grec, et Prithivi, la Terre-Mère. Dyaus Pitar était représenté comme un taureau fécondant la Terre. Toute la création naîtra de leur union. La Terre est priée d'être "bienveillante, riche en demeures, dépourvue de maux" et la protectrice des hommes. Les morts, dit le Rig-Véda, doivent "retourner à la bonne Terre-Mère qui leur sera d'une douceur de laine, telle une jeune fille".

Le caractère sacré de la Terre demeura toujours la croyance fondamentale de toute l'Inde. Dans chaque village, la Déesse-Mère est la divinité tutélaire, pourvue de noms variés. Parfois redoutée, parce qu'elle peut apporter maladie, mort, disette ou stérilité, parfois bienveillante, chassant les mauvaises influences et dispensant la fertilité en vertu de son énergie procréatrice. Le principe mâle joue un rôle passif, et c'est la Déesse qui exerce son autorité sur les forces naturelles et l'ordre surnaturel.

Les Déesses-Mères des forêts recevaient un culte très simple : une pierre jetée par les passants sur le tas qui marque le sanctuaire de la Déesse. Dans le Rig-Véda, la Déesse de la jungle, Aranyani, invoquée sous le vocable "Maîtresse des Bêtes", représente l'ensemble de la forêt, riche en nourriture, et où l'on entend mille bruits sinistres et inexplicables qui troublent un silence inquiétant.

Après chaque moisson, le sol épuisé devait être revivifié par des rites de fertilité, des danses et des sacrifices. La Déesse devait alors contracter un mariage sacré pour devenir féconde. En Inde, le sillon était identifié avec le Yoni (vulve) et les grains qu'on y sème avec la semence virile. Par ailleurs, d'anciennes paroles magiques anglo-saxonnes utilisées pour les terres stériles, disaient :

Salut, Terre, Mère des hommes, sois féconde dans l'étreinte du dieu, sois pleine de fruits à l'usage des hommes.

Le ciel sacré, dit Eschyle, sent le désir de pénétrer la Terre, de jouir de l'hymen ; la pluie du Ciel-époux descend comme un baiser sur la Terre et la voilà qui enfante aux mortels les troupeaux qui vont paissant et le fruit de vie de Déméter, cependant que la frondaison printanière s'achève sous la rosée de l'hymen.

La Mère des Mystères : le culte de la Déesse, tant en Inde qu'en Asie occidentale ou dans le bassin oriental de la Méditerranée, en Crète et dans le monde gréco-romain, fut très suivi comme religion à mystères. Leur but était de resserrer l'union entre la Grande Mère et ses fidèles, en cherchant par des cultes extatiques à communier et à se perdre dans la source de toute vie, retrouvant le sentiment de l'unité.

Elles sont l'expression du besoin profond de l'homme de retrouver l'unité cosmique fondamentale, ramenant toute vie vers sa source. Les rites du printemps évoquaient ce mystère de la renaissance après le sommeil hivernal. Bien que les fêtes de mai aient perdu leur sens initial, Pâques est demeuré la reine des fêtes religieuses par son renouvellement du thème de la vie renaissant par delà la mort.

Laura Winckler

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