En allant au-delà des Evénements de sa Vie...


Je sens depuis longtemps le déséquilibre qu'il y a dans les générations actuelles, la mienne plus particulièrement. Je veux parler de ce fameux clivage où tous les hommes sont suspects d'entrée de jeu parce qu'ils en sont, justement. Je prends en pitié toutes les situations où l'un d'eux est dévalorisé parce qu'il est un homme et je n'ai pas la prétention de croire que je me tiens totalement en dehors de ces situations. Comment pourrais-je ne pas répercuter ce qui m'a été instillé ? Je ne le vois même plus la plupart du temps tellement c'est fondu dans le paysage.

Par les mains de Pierre, j’ai entamé un travail sur ma colère, celle que j’éprouve à l’égard de ma mère. La lignée de femmes dont je suis issue reporte son besoin de vengeance des hommes en instrumentant les filles qui y naissent, et j’ai à me débarrasser d’un fardeau qui ne m’appartient pas.

Ma propre colère à l’égard des hommes, je ne m’en rendais même plus compte clairement, tellement j’en ai été abreuvée, la recevant à chaque étape de construction de la personnalité.

Pierre me l’a posée sous les yeux, et il m’a été possible de la voir telle qu’elle est : accidentelle, et comme un colis que je ne suis plus obligée d’accepter. Ceux que j’ai déjà reçus, je veux les jeter au feu purificateur, et pour ce faire j’ai besoin d’aide.

Je suis tout aussi consciente que si des hommes vivent ces situations, c'est qu'ils doivent en apprendre quelque chose. Et que devant la difficulté à sortir de l'ornière, renonçant à l'espoir de voir certaines trêves s'installer durablement, j'en suis venue à les traiter tous en camarades, puisque je n’ai pu trouver parmi eux de compagnon avec qui vivre en paix, en tant qu'êtres humains.

Ma colère est inspirée en très grande partie par les situations où j'ai vu ma mère se comporter en victime ou en rejetante, selon une équation qui apparemment équilibre les rapports : un vainqueur, une vaincue... variante : une "vainqueuse" (pourquoi n'y a-t-il pas de féminin à cet adjectif substantivé ?), un vaincu. Si on se place dans un rapport de force, évidemment, cela a du sens. Pourtant le centre de gravité doit nécessairement se déplacer, de la force à l'harmonie. Et là, il n'y a plus ni "plus" ni "moins" qui équilibre une formule chimique ou algébrique, on passe au niveau où, comme on dit en Ressources Humaines et en marketing, tout le monde est gagnant.

Pour le moment encore, en traitant d'entrée de jeu les hommes que je croise en camarades sans laisser la place à une éventuelle émotion amoureuse, je les traite en égaux, du mieux que je peux. Si j'abaisse ces défenses, je me trouve tôt ou tard dans une relation perdant-perdant. Aujourd’hui, je commence à penser que quand je fais de mon mieux, je ne fais que "peu".

J'ai donc à faire ce travail de vidange de la colère, à ne plus accepter de livraison maternelle à cet égard, si je veux pouvoir un jour me trouver dans un couple gagnant-gagnant. Ca viendra peut-être à mes 80 ans, je m'en moque, l'essentiel c'est que ça vienne. Si j'y réussis dans cette vie, alors ce sera acquis.

En allant au-delà des événements de sa vie, au-delà de l'accidentel, on célèbre l'essentiel du Divin, enfoui en chacun. On a tous à faire cette démarche, quel que soit son support, même dématérialisé.

Que mon cheminement aboutisse ou non
là où je place mes espérances,
l'écrire représente un témoignage d'Espoir...

Sandrine

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