Une Esclave ne peut être une Amie…


Dans Ainsi parla Zarathoustra, Nietzsche dit que la femme est incapable d'Amitié. Osho, voudrais-tu commenter cette affirmation ?

L'Amitié a été l'un des sujets les plus ignorés de la plupart des philosophes. Peut-être tenons-nous pour acquis que nous en comprenons la signification ; c'est ainsi que nous sommes restés ignorants de ses profondeurs, de ses possibilités de croissance, de ses couleurs diverses et de leurs significations différentes.

La chose la plus importante à se rappeler est que l'on a besoin d'amis parce qu'on est incapable d'être seul. Et tant que l'on a besoin d'amis, on ne vaut pas grand chose comme ami parce que le besoin réduit l'autre à un objet.

Seul celui qui est capable d'être seul peut être un ami. Car alors ce n'est plus son besoin, mais sa joie ; ce n'est plus sa faim, ni sa soif, mais c'est l'abondance de son Amour qu'il veut partager.

Quand une telle Amitié existe, elle ne devrait pas s'appeler "Amitié", car elle a pris une tout autre dimension. Je l'appelle "friendliness". C'est une qualité d'amitié qui va au-delà de la relation... parce que, d'une façon ou d'une autre, toute relation est un asservissement. De vous comme des autres, elle fait des esclaves.

L'Amitié véritable est simplement la joie de partager, sans condition, sans attente, sans désir de recevoir quelque chose en retour pas même de la gratitude. L'Amitié vraie est l'Amour à l'état le plus pur. Elle n'est pas un besoin, elle n'est pas une nécessité : c'est une abondance véritable, une extase débordante.

Zarathoustra dit : "Notre foi dans les autres trahit que nous voudrions, de tout notre cœur, avoir foi en nous-mêmes". Un homme qui a foi en quelqu'un d'autre est un homme qui a peur d'avoir foi en lui-même. Le chrétien, l'hindou, le musulman, le bouddhiste, le communiste... Aucun d'entre eux n'est assez courageux pour avoir foi en son propre être. Il croit en les autres et il croit en ceux qui croient en lui. C'est complètement ridicule. Votre ami a besoin de vous, il a peur de sa solitude ; vous avez besoin de lui parce que vous avez peur de votre solitude. Vous avez tous les deux peur de la solitude.

Pensez-vous que votre solitude disparaîtra parce que vous êtes ensemble ? Elle sera simplement multipliée par deux ou peut-être davantage ; c'est comme cela que toutes les relations conduisent à plus de misère, à plus d'angoisse.

Personne ne peut combler votre vide. Vous devez affronter votre vide. Vous devez le vivre, vous devez l'accepter. Et dans votre acceptation se cache une grande révolution, une grande révélation.

La qualité même de votre solitude, de votre vide, change dès que vous l'acceptez. Elle devient exactement le contraire ; elle devient une abondance, une plénitude, un débordement d'énergie et de joie. Si votre confiance naît de ce débordement, elle a une signification ; si votre amitié en provient, elle a une signification ; si votre amour naît de lui, il n'est pas rien qu'un mot, il est votre cœur lui-même.

Le désir d'avoir foi en quelqu'un révèle une seule chose vous êtes trop pauvre, trop vide, trop inconscient. Et ce n'est pas comme cela que vous changerez votre situation, c'est simplement un moyen de trouver une fausse consolation. Vous n'avez pas besoin de consolation : vous avez besoin d'une révolution, vous avez besoin de transformer votre être.

Vous devez arriver à un accord avec vous-même - ceci est le premier pas vers la véritable confiance, la véritable Amitié, le véritable Amour. Sinon, toutes vos relations d'Amour, d'Amitié, de Foi ne sont rien d'autre que des trahisons. Vous vous démasquez et vous proclamez que vous êtes vides, indignes, peu méritants.

Si vous ne pouvez vous aimer vous-même, qui vous aimera ?

Si vous ne pouvez être un ami pour vous-même, qui le sera ?

Si vous ne pouvez vous faire confiance, qui vous fera confiance ?

Zarathoustra dit : "Vous êtes vous-même un esclave, mais vous prétendez être le sauveur de votre ami". Et la même chose est vraie pour vos soi-disant sauveurs : eux-mêmes ne se sont pas sauvés, mais ils sont prêts à sauver le monde entier...

Même en cette fin du vingtième siècle, des millions de gens croient encore que tout ce qu'ils ont besoin de faire, c'est de croire en Jésus, qu'il est le fils unique de Dieu, et qu'ensuite ils peuvent continuer à faire tout ce qu'ils veulent, ils seront sauvés. Trop facile...

Il y a des gens qui ne sont pas conscients de leur profonde tendance à être esclaves. Ils veulent l'être parce que, lorsqu'ils sont asservis, toutes leurs responsabilités sont prises en charge par la personne qui les a asservis. Tant que vous ne serez pas prêts à assumer toutes les responsabilités de la vie, quelque chose en vous voudra toujours être esclave, car seul un esclave est libre de toute responsabilité.

Mais un esclave ne peut être un ami ; il est à la recherche d'un maître, pas d'un ami. Et réciproquement, la même chose est vraie... parce que vous cherchez des esclaves, vous ne cherchez pas des amis.

Quelqu'un qui a de la dignité ne devient pas esclave au nom de l'Amitié.

Zarathoustra dit : "Dans la femme, une esclave et un tyran se cachent depuis trop longtemps".

La responsabilité en incombe à l'homme. Zarathoustra ne le mentionne pas. Peut-être se considère-t-il encore uniquement comme un homme. Il n'a pas transcendé la dualité de l'homme et de la femme. Il parle des femmes en tant qu'homme ; c'est pourquoi il ne prend aucune responsabilité.

Il n'empêche que c'est l'homme qui est responsable pour une grande part des mauvais côtés de la femme... L'homme l'a contrainte. Il a presque fait d'elle une poupée, une simple pièce d'exposition. Il ne lui a pas témoigné le respect qu'il exigeait d'elle pour lui. Il l'a obligée mentalement à être son esclave et naturellement, il y a depuis des millénaires chez les femmes un désir brûlant de revanche.

Cela se révèle dans des détails : elle torture son mari, le harcèle, le pousse continuellement à bout. Mais la responsabilité, je veux que vous vous en rappeliez, incombe à l'homme. On n'a donné aucune liberté à la femme. Vous avez fait d'elle une esclave, et elle veut sortir de cet esclavage, mais vous lui avez coupé tous les ponts. Vous ne lui avez pas permis de faire des études. Vous ne lui avez laissé aucune liberté de mouvement dans la société, vous ne lui avez pas donné d'autonomie financière... et l'avez maintenue enceinte continuellement.

Vous l'avez utilisée. Vous ne lui avez pas témoigné le respect qu'un être humain mérite, naturellement, elle se venge. Et elle prend sa revanche à sa manière : elle vous torture, elle fait de votre vie un enfer. Vous avez fait de sa vie un enfer, elle fait de votre vie un enfer. Sa manière est différente de la vôtre, mais le résultat final, c'est que vous vivez tous les deux un enfer.

La femme n'est pas capable d'amitié parce qu'elle n'est pas libre... Son individualité n'est pas reconnue, son indépendance n'est pas respectée, comment peut-elle être une amie ?

Et si elle ne peut même pas connaître l'Amitié, comment peut-elle connaître l'Amour ? Elle connaît seulement le désir sexuel. Et elle hait l'homme pour la même raison, car elle sait parfaitement que tous ces mots doux "Chérie", "Mon Chou", et "Je t'aime", ne sont que des préambules au désir de l'homme. Et bien sûr, elle réagit à sa façon : elle a la migraine. Vous lui dites "Ma Chérie" ou "Mon Chou", et elle dit qu'elle a mal à la tête. C'est sa façon à elle de vous torturer ; vous l'avez suffisamment torturée...

Et pourtant, l'Amour, chez la femme, est ce qu'elle a de plus intuitif. Sa logique a été détruite par l'homme, son intelligence a été abîmée par l'homme. Seul son Amour... bien qu'on ait tout fait au cours des siècles pour qu'elle ne reste qu'un instrument utile à la sexualité de l'homme, son Amour, pourtant, est demeuré intact...

Mais voici le problème : il est très difficile, même pour des hommes tels que Gautama Bouddha et Zarathoustra, de dépasser leur masculinité. La femme reste quelque chose d'inférieur, elle n'est pas à la hauteur de l'homme. Elle reste quelque part dans les vallées obscures...

S'il y a quelque chose de vivant chez la femme, en dépit des violences continuelles de l'homme à son égard, c'est son Amour. Son Amour est dans ses yeux, son être tout entier est amour. Et cela, c'est le seul espoir de libération pour la femme. C'est le seul espoir pour les femmes de recouvrer, pour la première fois dans l'histoire, leur dignité, leur unicité, leur croissance spirituelle.

Elles ne sont en aucune façon inférieures à l'homme.

Zarathoustra dit: "Et dans l'amour illuminé d'une femme, il y a aussi l'attaque inattendue et les éclairs et la nuit, en même temps que la lumière".

A nouveau, la responsabilité en incombe à l'homme. Un homme et une femme ne peuvent rester en paix que si leur égalité et leur unicité deviennent un phénomène accepté. Alors l'amitié peut s'épanouir. Alors "la nuit" et "l'attaque inattendue" disparaîtront…

L'homme a rendu la femme presque folle. C'est un miracle immense qu'elle ait survécu dans une société où toutes les religions ont été créées par l'homme, où tous les gouvernements ont été créés par l'homme, où toutes les lois, toutes les entreprises et tous les systèmes d'instruction ont été créés par l'homme.

Comment la femme a-t-elle survécu ? C'est un miracle. Pour autant que je le comprenne, c'est grâce à son amour que ce miracle a été possible. Même quand l'homme la maltraitait, elle continuait à l'aimer. Même quand elle a été asservie et enchaînée, elle est restée mère, sœur, amante, fille.

Sa survie, malgré tant d'agression contre sa personnalité, n'est possible que parce que l'existence a plus besoin d'elle qu'elle n'a besoin de l'homme. L'existence a protégé la femme parce que la femme est la mère, la source de toute vie. C'est grâce à son amour que la vie peut encore chanter, peut encore danser, qu'il reste encore sur terre un peu de beauté et de grâce.

Les femmes représentent la moitié de la population mondiale. Si elles sont libérées, si on leur donne dès leur naissance leurs droits fondamentaux, le monde se métamorphosera d'une façon extraordinaire, il en a terriblement besoin.

On a empêché la femme d'apporter sa contribution à quoi que ce soit, excepté les enfants. Elle peut apporter tellement plus !

Ce qu'elle apportera aura une qualité totalement différente : plus de beauté, plus de vie, plus d'amour, plus de sève...


La Femme, l'Amour et la Liberté, OSHO, chapitre 13.

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