Les Divines Adoratrices…


Trente-cinq femmes se sont succédé pendant 1665 ans à cette charge de -2180 pour la première, la Divine Adoratrice Nitocris, à -525 pour la dernière reconnue, Nitocris II. D'abord simple Prêtresse au Temple, gravissant peu à peu tous les échelons, une seule parvenait au sommet et héritait au bout de très longues années du titre que sa "marraine" lui léguait en fin de vie.

Nitocris est certainement la première Femme Pharaon qui ait laissé des traces dans l’histoire de l’Égypte antique. Son règne au côté de Pépi II marque la fin de l’Ancien Empire lors de l’assassinat de ce dernier qui avait trop mal géré le pays. Elle le vengea en noyant les meurtriers de son époux provoquant ainsi un nettoyage de fond pour changer le monde.

Manéthon parle d'elle en termes particulièrement élogieux : Il y eut une Femme Nitocris qui régna. Elle était plus courageuse que tous les hommes de son temps et c'était la plus belle de toutes les Femmes. Elle avait le physique d'une blonde aux joues roses…

Elle fut certainement la Créatrice d’un mouvement spirituel qui se transmit pendant des siècles entre Femmes. Plus tard, sept siècles avant Jésus-Christ, Nitocris fut divinisée sous le nom de la Déesse Neith et un culte à son nom fut créé et particulièrement vénéré dans les derniers temps du rayonnement de la spiritualité égyptienne VII siècles avant J.C. surtout dans la ville de Saïs.

La Déesse Neith est la Déesse de la guerre et de la chasse et plus subtilement elle est aussi la protectrice des tisserands, pourquoi ? Tisser l’Univers est sa principale tâche et les limites de son canevas sont les sept paroles justes de Maât. Au niveau de l'être humain, toute créativité de sa part commence par le croisement de deux fibres pour un tissu, de deux traits pour une peinture, de deux branches pour la construction d’un premier petit objet…

La Reine désignée par ses liens familiaux…

Étonnamment, dans la langue Égyptienne on ne trouve pas de signe spécifique qui désigne la fonction de Reine. A la place de ce terme, l’épouse du roi est majoritairement désignée par sa position familiale, fille ainée du roi, épouse du roi, mère du roi, mère des enfants du roi, etc…

Le Roi règne, le Pharaon rayonne…

La fonction de Pharaon est très différente de celle de Roi. Si ce dernier a pour charge de diriger un pays très vaste, d'organiser la vie sociale et agricole, de préserver la paix en protégeant les frontières et souvent en les reculant très loin, la charge de Pharaon reste une fonction totalement sacerdotale. Pharaon est considéré comme étant l'intermédiaire entre l’Univers où vivent les Déités et l’Égypte où vivent les êtres humains. Au côté de chaque Pharaon, se tient obligatoirement une Femme qui peut être son épouse, sa fille ou encore sa mère sans aucune connotation sexuelle puisque c’est une fonction strictement religieuse d’où les confusions que nous trouvons dans l’histoire. Il est important de souligner que les rares femmes ayant réussi à régner et qui ont également pris la charge de Pharaon n'avaient pas l'obligation de prendre un conjoint car, à elles seules, elles formaient le couple divin, Reine pour l'identité féminine, Pharaon pour l'identité masculine.

Peu après le règne de Nitocris, de nouvelles désignations apparaissent pour la Femme qui se tient aux côtés de Pharaon, Maîtresse des Deux Terres ou Maîtresse de toutes les Terres, Grande Épouse Royale, Fille du Dieu, Fille de la Déesse… Mais même avec des titres qui précisent sa relation avec le Divin, son rôle spirituel exact reste assez mystérieux. En tant qu'épouse royale, elle doit assumer des tâches quotidiennes très lourdes à la cour où sa présence est indispensable. En tant qu'épouse du Dieu et/ou de la Déesse, elle doit également accomplir tous les jours les rituels religieux au côté de Pharaon… Pendant près de six siècles, cette double fonction sera plus ou moins bien assumée, cette qualité de travail dépendant de l'intérêt du Roi pour sa charge de Pharaon mais surtout de la qualité de l'échange entre ce dernier et son épouse royale.

Seulement, le travail spirituel auquel se livre la Divine Adoratrice demande de sa part des années d'études et de préparation qui exigent d'elle une disponibilité permanente. L'enseignement commence très jeune, autour de 10 ans, avec les prêtres et prêtresses des niveaux les plus élevés. La maturité spirituelle est atteinte entre 16 et 22 ans, un âge où le mariage entraine de trop nombreuses maternités. Durant ses grossesses, il n'est plus possible à la Divine Adoratrice d'assurer son sacerdoce. Plus tard, la présence de ses jeunes enfants royaux ne peut que perturber gravement sa tranquillité d'esprit indispensable à sa charge et cela a pour effet de réduire considérablement la puissance et les effets spirituels de sa pratique sur le peuple égyptien.

C'est certainement à cause d'une période où l'activité spirituelle du Pharaon s'est fortement réduite que l’Égypte est envahie par les Hyksos vers -1549. Seule, l’enclave de Thèbes reste libre et c’est de là que la très jeune reine Iâh-Hotep, avec le concours de sa mère, se soulèvera contre l’envahisseur et permettra peu à peu de libérer le pays entier. Comment ces deux Femmes, sans armée, sans moyens financiers, ont-elles pu donner à l’Égypte cette force extraordinaire qui a permit de la libérer et de la rendre de nouveau paisible et prospère ? Pour que cela se fasse, il fallait certainement que ces Femmes bénéficient d’une aide spirituelle réelle pour leurs donner toute la force et le courage nécessaire...

L’Apparition du Cercle Lumière…

Un peu plus tard, c’est la Reine Hatchepsout qui vécut très âgée qui prendra le relais en tant que troisième Femme Reine de l'histoire égyptienne puis Pharaon un peu plus tard. Son règne solitaire après la mort de son époux durera 22 ans, de - 1479 à – 1457. Il fut tel que l’Égypte vécu la période la plus paisible de son histoire. Hatchepsout éleva les pratiques spirituelles à un niveau encore jamais atteint en mettant en place de nouvelles pratiques spirituelles notamment par la méditation dans une nouvelle géométrie, les cercles Lumière. Composées uniquement de Prêtresses sévèrement sélectionnées et œuvrant secrètement en seule compagnie du Pharaon, elles se méditaient deux fois par jour, au lever et au coucher du Soleil. Cette structure très particulière était composée en son Cœur ou Centre par la présence de la Divine Adoratrice, dans son espace circulaire par la présence des six prêtresses et dans son orientation par la présence de Pharaon qui avait la charge de relier le Cercle Lumière à l'Univers… Sept femmes pour fournir une Énergie d'Amour fabuleuse grâce à leurs essences féminines et un seul homme pour donner consistance à cette Énergie en la canalisant grâce à son énergie masculine pour créer le lien entre le Temple et le Cœur de l'Univers. L'Énergie Spirituelle qui se dégageait de ce Cercle Lumière rayonnait non seulement sur toute l'Égypte mais aussi là où la Divine Adoratrice, les Prêtresses et Pharaon avaient émis des prières bien précises.

Le Premier Déclin…

Juste après la reine Tiyi, Grande Épouse Royale d’Amenhotep II (-1445 à -1423) qui sera d'ailleurs reconnue pour son immense puissance diplomatique, arrive une des Femmes les plus connues de l'histoire Égyptienne, la Reine Néfertiti. Son rayonnement est extraordinaire et encore reconnu aujourd'hui. Seulement, à cause de l’orientation spirituelle monothéiste que prend son époux, le Pharaon Amenhotep IV (qui changera d'ailleurs son nom en Akhénaton) pour développer un nouveau culte au Dieu Amon, les méditations dans les Cercles Lumière des grandes Prêtresses vont cesser et le pays sera privé de tout rayonnement spirituel pendant de nombreuses années.

L’Égypte, affaibli spirituellement, le sera aussi sur le plan politique. Une grande confusion va régner pendant près de 70 ans. Sur le point d'être envahie par ses trop nombreux ennemis, c’est à ce moment, qu’encouragée par la reine Tiâa, apparait la grande Reine Néfertari qui va permettre à son époux Ramsès II de replacer l’Égypte à son niveau le plus élevé.

La Séparation des Pouvoirs…

C’est certainement au tout début de son règne que Ramsès II, sur les conseils très avisés de Néfertari, a choisi de procéder à un grand changement, séparer les deux pouvoirs royal et spirituel pour donner plus de force à l'un et à l'autre… Comme les reines Tiyi et Néfertiti, Néfertari ne sera pas vraiment identifiée comme étant une Divine Épouse d’Amon alors qu'elle est certainement à l'origine de ce renouveau spirituel. Désormais le pouvoir spirituel de la Reine va disparaître pour être repris par la Divine Adoratrice d'Amon. Cette dernière est souvent choisie dans l'environnement immédiat de la famille royale, elle peut être la sœur ou la fille du Roi. Au niveau de la représentation à la cour royale, elle va souvent jouer un rôle similaire à celui de l'épouse du Roi allant même jusqu'à partager ses titres, Maîtresse des deux Terres ou encore Maîtresse des Couronnes. En optant pour ce choix, le Roi permet à la Reine de se consacrer entièrement à la succession du Roi, materner et élever ses enfants et se consacrer à la représentation dans la vie de la cour royale.

De son côté, la Divine Adoratrice, qui n'a pas l'obligation de donner un héritier à la cour, ne peut que renoncer librement à toute vie sexuelle susceptible de réduire sa puissance spirituelle pendant son sacerdoce. Toutes les Divines Adoratrices feront le même choix de rester vierges, un rapport sexuel risquant de mettre un terme définitif à leur charge.

La Virginité des Divines Adoratrices…

Au fil des règnes et des siècles, la future Divine Adoratrice ne sera plus forcement issue de la famille royale. Elle sera choisie très jeune par la Divine Adoratrice en fonction parmi les très jeunes filles attachées au Temple d'Amon. Elle commencera sa formation spirituelle très jeune et sera très entourée afin de veiller à ce que rien ne la perturbe dans sa vie de femme. Elle sait que si elle devait assumer une ou plusieurs maternités et supporter la présence permanente de ses enfants, alors sur le plan spirituel et énergétique, il lui serait impossible d’assumer convenablement sa charge de Grande Prêtresse.

Le terme Virginité est donc à prendre dans le sens de pureté, c'est-à-dire sans risque de fécondation. A cette époque, l’abstinence sexuelle seule permettait de garantir cette pureté. Néanmoins, certaines prêtresses ayant une connaissance et une sensibilité peu communes de leur corps, étaient capables d'utiliser la force sexuelle afin de favoriser leur communication avec l’Espace Divin. Le Tantra existait en Égypte bien avant l'Inde. Avec les différents moyens de contraception actuels, La Divine Adoratrice qui reprendrait le flambeau aujourd'hui n'aurait pas la même obligation et elle pourrait avoir un compagnon, un Pharaon, avec qui elle pourrait partager bien plus.

Liste des Divines Adoratrices identifiées par les égyptologues :

Moyen Empire : Nitocris, Iyméretnébès et Néférou.
XVIIIème dynastie : Âhmès, Âhmès-Néfertari, Sarkamès, Satamon, Âhmès-Mérytamon, Hatchepsout, Neférouré, Hatchepsout-Mérytrê et Tiâa.
XIXème dynastie : Satrê, Touy, Néfertari-Mérytenmout, Tiâa III, Taousert.
XXème dynastie : Tiymérenisé, Tity, Isistahabadilat, Tentopé, Isis, Isisnéfret.
XXIème dynastie : Maâtkarê-Moutemhat, Hénouttaouy.
XXIIème dynastie : Méhytousékhet, Karomama, Kedmérout.
XXIIIème dynastie : Chépénoupet I.
XXIVème dynastie : Aucune…
XXVème dynastie : Aménirdis I, Chépénoupet II, Aménirdis II, Méryttefnout
XXVIème dynastie : Nitocris I, Ânkhnesnéferibrê, Nitocris II.

Le Second Déclin…

Cette belle transmission se termina par la Divine Adoratrice Ankhnèsnéferibrê qui en prit la direction en -586 et qui mourut en -525 passant ainsi le relais à sa fille adoptive Nitocris II. Celle-ci est l’une des filles du Pharaon Amasis qui commit de grandes erreurs politiques et militaires. C’est au moment où elle commence son sacerdoce en –525 que les perses envahissent l’Égypte. Ces derniers, particulièrement sanguinaires, profanent la demeure d’Éternité d’Ankhnèsnéferibrê et font disparaitre Nitocris II qu’ils ont certainement assassinée croyant mettre un terme à une pratique spirituelle détenue par les prêtresses du temple d'Amon… Mais ces dernières rentrent dans la clandestinité et vont s'efforcer de conserver les pratiques et connaissances en leurs possessions.

Ce n'est qu’après la conquête de l’Égypte par Alexandre le Grand (-336 à -323) et du partage de son empire avec la dynastie des Ptolémée, que le mouvement des Divines Adoratrices va reprendre vie mais dans une totale discrétion. Les mélanges ethniques et religieux avec les Hyksos, les Grecs, les Perses, de nouveau les Grecs puis les Romains feront que les pratiques d’antan dans des Temples tels que ceux de Karnak et de Dendérah ne sont plus possibles.

Changement de Cultes…

C'est sous le règne de Cléopâtre VII, la plus célèbre des Cléopâtre que, dans un dernier sursaut, le culte des Divines Adoratrices va se transformer en un culte nouveau dans sa pratique mais pas dans son existence, le culte d’Isis reconnue comme étant la Grande Mère de l'Univers. L’Égypte des Pharaons est sur le point de disparaitre et le culte de la Déesse Neith s’avère insuffisant pour ramener la paix. Le choix de relancer la spiritualité égyptienne par un culte dédié à Isis est très pertinent car il séduira aussi bien les grecs que les légions romaines de Marc-Antoine. Ces dernières vont l’adopter et vont se charger de le répandre, au gré des campagnes militaires, dans tout le bassin méditerranéen, puis dans toute la Gaule et même en Bretagne. La représentation préférée de ses adeptes est Isis en train d'allaiter son fils Horus que l'église chrétienne de Rome transformera peu à peu en lui superposant le culte de Marie et de l'enfant Jésus.

Pendant ce temps, en Égypte, le culte d’Isis est pratiqué dans une forme spécifique par un collège de prêtresses qui, soucieuses de sauvegarder leurs traditions spirituelles, vont initier aux mystères du Féminin Šacré des générations de femmes pendant un peu plus de trois siècles. Différentes formes de théurgies sont enseignées et pratiquées, la médication par les plantes, les soins par les massages et les prières, l'étude des lois de l'univers au travers des mathématiques, de l'astronomie et de l'astrologie mais tout cela avec beaucoup de discrétion. L'apprentissage et le contrôle des Énergies de l'Univers sont également enseignés afin de pouvoir les utiliser pour le bien de l'humanité. C'est ce que l'on désigne aujourd'hui comme étant de la Magie Blanche…

Malheureusement, près d'un siècle après Jésus-Christ, la montée du fanatisme des chrétiens d'Alexandrie va menacer gravement ces femmes érudites, les forçant à entrer dans une totale clandestinité. Ce mouvement caché perdurera pendant trois siècles, réduisant considérablement l’activité des Divines Adoratrices qui ne peuvent plus faire grand-chose face à ces fanatiques, majoritairement des hommes, de plus en plus dangereux.

Le Troisième Déclin…

La dernière Divine Adoratrice sera Hypatie, Femme philosophe, astronome, disciple de Platon que Raphael a tenu à représenter dans son tableau "L’École d’Athènes", manière dissimulée de lui rendre hommage en la faisant revivre.

Voila le témoignage de Socrate qui déplore
La disparition d'Hypatie et qui lui rend hommage :

Il y avait dans Alexandrie une femme nommée Hypatie, fille du philosophe Théon, qui avait fait un si grand progrès dans les sciences qu'elle surpassait tous les philosophes de son temps et enseignait dans l'école de Platon et de Plotin et qu'un nombre presque infini de personnes accouraient en foule pour l'écouter. La réputation, que sa capacité lui avait acquise, lui donnait la liberté de paraître souvent devant les juges, ce qu'elle faisait toujours, sans perdre la pudeur ni la modestie, qui lui attiraient le respect de tout le monde. Sa vertu, toute élevée qu'elle était, ne se trouva pas au dessus de l'envie. Mais parce qu'elle avait amitié particulière avec Oreste, elle fut accusée d'empêcher qu'il ne se réconciliât avec Cyrille. Quelques personnes transportées d'un zèle trop ardent et qui avaient pour chef un lecteur nommé Pierre, l'attendirent un jour dans les rues et, l'ayant tirée de sa chaise, la menèrent à l'église nommée Césaréon. Ils la dépouillèrent et la tuèrent à coups de pots cassés. Après cela, ils hachèrent son corps en pièces et les brûlèrent dans un lieu appelé Cinaron. Une exécution aussi inhumaine que celle-là couvrit d'infamie non seulement l'évêque Cyrille mais toute l'église d'Alexandrie, étant certain qu'il n'y a rien de si éloigné de l'esprit du christianisme que le meurtre et les combats. Cela arriva au mois de Mars, durant le Carême, en la quatrième année du Pontificat de Cyrille, sous le dixième Consulat d'Honorius et le sixième de Théodose.

Prétendant détenir la vérité sur des écrits prétendus venus de Dieu, ces fanatiques religieux imposèrent leur théologie et firent la chasse à toute personne censée détenir des connaissances différentes. Qu'une personne maitrise la science des plantes ou des étoiles se révélait être une dangereuse concurrence qu'il fallait éliminer s'ils voulaient se développer. On diabolisa toutes ces sciences et partout la chasse aux so(u)rcières, ces Femmes qui étaient en lien avec la Source, commença dans toute l’Europe avec comme conviction volontairement erronée, qu'à cause de son impureté, la femme était forcément d'un niveau très inférieur à celui de l’homme et que si elle détenait un certain pouvoir, c'est qu'elle ne pouvait qu’être habitée par le Diable. Au fil des siècles se développèrent d'autres bêtises n'ayant pour seule volonté que d'affirmer le pouvoir d’un groupuscule prétendant détenir un pouvoir divin…

Mais au moment où l’Humanité est en grand danger,
partout dans le monde, de nombreuses femmes
sont en train de s'éveiller pour redécouvrir
la force spirituelles des Divines Adoratrices…

Soyez-en profondément convaincue…



© Pierre pour CROIX de LUMIERE. . .




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