Hatchepsout, Femme Pharaon…


Elle était la fille du pharaon Thoutmosis I. À la mort de ce dernier, elle épouse son demi-frère Thoutmosis II, devenant donc grande épouse royale. Cette union n’est pas « conjugale », mais plutôt magique. En effet, pour assurer l’équilibre harmonieux du pays, c’est-à-dire pour reproduire l’ordre céleste sur terre, le roi doit faire appel aux pouvoirs intérieurs d’une dame, aussi importante et aussi aimée du peuple que lui. Or, Thoutmosis II s’éteint très tôt, alors que son fils Thoutmosis III était bien trop jeune pour régner.

Hatchepsout assurera alors la régence de l’Égypte, puis mènera de main de maître la barque des deux terres pacifiées, secondée par Thoutmosis III. Elle sera une pharaonne hautement respectée, dont le règne de quinze ans laissera une empreinte indélébile sur l’Égypte.

Une femme pharaon ? Était-ce exceptionnel ? Pas du tout. La femme en Égypte ancienne occupait une place rarement égalée dans l’histoire. En fait, pour l’Égypte, la question de l’égalité des sexes ne se posait même pas! Inspirée par Maât, grande Déesse de l’Ordre universel, de la Justice et de la Vérité, la femme est la garante de la cohésion, de l’Amour, de la Beauté, de la Joie, de l’Art. Elle assure l’entretien de la Grande Vie, le lien au Sacré. C’est pourquoi elle occupe une place importante dans la vie cérémonielle, pilier de la société.

Les représentations d’Hatchepsout nous la montrent éternellement jeune, rayonnant une féminité qui n’est pas occultée par la charge du pouvoir. Voilà qui a de quoi nous surprendre.

Pourtant, les grandes dames de l’histoire avaient toutes ceci en commun : des capacités de gestionnaire hors pair, le sens de l’organisation, la capacité de gestion des conflits, une ferme volonté, conjuguées de façon harmonieuse aux vertus représentatives de la féminité : douceur, compassion, générosité, intériorité, capacité d’écoute. Hatchepsout en est un exemple frappant.

Le règne d’Hatchepsout fut des plus pacifiques. Toutefois, si les deux Égypte étaient unifiées et tranquilles, la douce Pharaonne n’en incarna pas moins un chef de guerre à la ferme volonté, repoussant les ennemis potentiels.

Les historiens s’accordent pour dire que son règne fut une époque de prospérité et d’expansion commerciale et artistique remarquables pour l’Égypte. Hatchepsout encouragea le commerce avec l’Asie, organisa des expéditions vers les mines du Sinaï et vers le Pount, et envoya une expédition aux carrières d’Assouan pour la taille de deux des obélisques pour Karnak.

L’un des premiers devoirs d’un pharaon consistait à bâtir des temples, réceptacles de la puissance divine. Ainsi, les dieux pouvaient résider sur terre et favoriser l’épanouissement spirituel et social de la communauté humaine.

Hapchesout remplira ce devoir sans faillir. On lui doit nombre d’édifices sacrés, notamment à Thèbes, à El-Kab et à Hermopolis. Un texte nous révèle les pensées d’Hatchepsout :


Ma conscience songe à l’Avenir...
Le cœur d’un Pharaon doit penser à l’Eternité...
J’ai glorifié Maât...

Pharaon est précisément le serviteur de l’éternité, sans quoi l’ordre céleste ne pourrait régner sur terre. C’est pourquoi le monument le plus important est la “demeure d’éternité” ou “temple des millions d’années” que Pharaon doit concevoir dès le début de son règne, et qui servira à régénérer perpétuellement son âme. Hatchepsout construira le sien à Deir el-Bahari, sur la rive ouest de Thèbes, entre la Vallée des Rois et la Vallée des Reines, adossé à une falaise invitant à s’élever vers le divin.

Le texte de dédicace prononcé par Hatchepsout a été préservé :

“J’ai construit un monument pour mon père Amon, maître du trône des Deux terres, j’ai érigé ce temple de millions d’années dont le nom est le Sacré des sacrés, en belle et parfaite pierre blanche de Toura, en ce lieu qui lui est consacré depuis l’origine”.

Une tombe de Thèbes montre Hatchepsout célébrant la grande fête du nouvel an. Lors de cette importante cérémonie, la reine recevait le Dieu Amon dans son temple des millions d’années. Elle lui offrait de superbes bouquets, images de la beauté de la création mais aussi de l’épanouissement de la vie spirituelle, victorieuse de la mort.

Au crépuscule, Hatchepsout allumait quatre torches. Porteuse de lumière, elle illuminait les ténèbres, suivie d’une procession. Ces torches illuminaient des bassins de lait symbolisant les étais de la voûte céleste. Chaque année de son règne, la reine présida, comme une grande magicienne, ces célébrations ouvrant un chemin dans l’invisible.

Aucun document ne mentionnera le décès d’Hatchepsout (De -1426 à -1456), ce qui n’est pas surprenant en Égypte, où l’on accorde plus d’importance au principe céleste permanent qu’au véhicule terrestre. L’on sait toutefois que sa disparition ne s’accompagnera d’aucun trouble. Après plusieurs années de règne conjoint et une préparation exceptionnelle, Thoutmosis montera sur le trône d’Égypte pour se révéler comme “l’un des plus grands monarques de l’histoire égyptienne”.

Ce qui nous reste, c’est le parfum atemporel d’une Dame exceptionnelle qui a su marier, tel le fouet et le crochet se croisant sur le cœur de Pharaon, sacré et visible, contemplation et action, douceur et fermeté, beauté et intelligence, sagesse et pouvoir.

Origine : http://www.journeedelafemme.org/

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