COURAGE…

Je me souviens d'un physicien du CERN qui, un jour d'avril 1994, réalisa que son fils unique de 17 ans se droguait et que c'était sa propre femme qui lui fournissait les grosses sommes d'argent nécessaires.

Sans rien montrer de sa douleur, il réfléchit longuement sur les raisons du déraillement de son fils mais aussi sur celui de sa femme. Pour comprendre comment bien réagir, il eu la chance de trouver autour de lui des personnes qui lui donnèrent des éléments de réflexion très sages. Il étudia de nombreux documents et comprit aussi quelle était sa part de responsabilité dans le dérapage de sa femme et de son fils.

Il profita des grandes vacances scolaires pour faire faire pleins de travaux dans sa maison. Des sous-traitants du CERN acceptèrent de lui aménager en urgence son grenier en un vaste appartement muni de grilles de protection à chaque fenêtre, ce qui étonnait beaucoup les voisins d'ailleurs…

Dans ses réflexions, il intégra le fait qu'en travaillant au CERN seize heures par jour et souvent les week-ends, il n'avait jamais été disponible pour les siens, laissant sa femme tout gérer, la maison, les repas, les loisirs, les vacances, lui se contentant de ramener un bon salaire, convaincu que c'était là son seul rôle.

Malgré les urgences permanentes qu'il avait dans son travail, il demanda un congé de trois mois qu'il obtint sans difficulté tellement il avait un stock énorme de jours de vacances non pris.

Quand il fut prêt, voici ce qu'il dit à sa femme : "Tu fais ta valise immédiatement, je t'emmène à la gare, tu vas chez toi en Normandie et tu n'en reviens que quand je te le dirais… Sinon, ce sera le divorce".

Quand il fut seul avec son fils, il le fit monter dans le grenier aménagé, un espace que ce dernier ignorait jusqu'à ce moment car la porte d'accès était toujours fermée à clef. L'appartement était composé d'une seule grande chambre avec deux lits, d'une salle de bains, et d'un grand salon avec kitchenette bien équipée. Sur des rayonnages, il y avait un choix de livres et de BD impressionnant, une télévision avec des vidéos en grand nombre et tout ce qu'il fallait pour vivre en autarcie.

À partir de ce moment, ils ne se quittèrent plus d'une seconde car le père venait de verrouiller la porte. Son plan était simple, ne plus quitter son fils d'une seule seconde… Ce furent des amis qui lui apportaient la nourriture et les objets nécessaires afin qu'il ne soit pas obligé de sortir et de laisser son fils seul.

Grâce aux conseils d'un médecin spécialisé en la matière, il avait appris comment le corps de son fils allait réagir violemment et douloureusement au manque d'héroïne. Il avait décidé d'assumer seul ce travail de sevrage qui allait s'avérer très éprouvant pour tout les deux.

Les deux semaines suivantes, il les passa à prendre son fils en larmes dans ses bras, à le caresser longuement pour le rassurer et le ramener au calme. C'était des gestes qu'il n'avait jamais fait auparavant, croyant que cette tache, pourtant essentielle, n'incombait qu'à la mère.

Peu à peu, un lien commença à se former entre eux et il y eu un moment où le père enclencha la seconde phase, être ensemble tout simplement...

Il reprit les études de son fils matière par matière pour rattraper le retard accumulé. Il y avait aussi pleins de jeux de société auxquels il n'avait joué. Ce fut son fils qui lui apprit les règles, trichant allègrement comme le font les enfants entre eux.

La Joie et l'Amour revinrent,
Les rires et les embrassades aussi…

Un soir, il sortit et alla à la rencontre du dealer de son fils, un homme de 22 ans. Il lui cassa la figure et le laissa bien sonné au fond d'un fossé en lui disant : "Si je te revois, je te tue"…

Quand il rentra, il en parla à son fils qui se mit à pleurer longuement, le dernier chainon, sa crainte de rencontrer ce voyou, venait de se briser.

Le lendemain, ils descendirent et reprirent possession de la maison familiale… Après l'avoir complètement vidé, son fils ferma lui-même cet espace dans lequel ils s'étaient redécouverts…

Sa femme revint quelques jours plus tard et après une mise à plat sincère, elle avoua que si elle donnait autant d'argent à son fils, c'était parce qu'elle ne voulait pas le voir souffrir, sans penser aux conséquences terribles à venir…

Cet homme, vraiment très courageux, ne donna plus jamais la priorité au CERN. Il répartit une grande part de son travail à ses collaborateurs et eut bien plus de plaisir à être avec les siens et aussi avec ses rares amis qu'il avait également délaissés, pensant que des invitations régulières au restaurant suffisaient à entretenir leurs relations qui n'étaient que superficielles.

Maintenant, il aime son fils, il aime sa femme,
Il aime la Vie et la partage le plus largement possible…


© Pierre pour CROIX de LUMIERE. . .




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