L’Implantation du Culte de La Déesse Astarté
dans l’Ensemble du Monde Méditerranéen...


La Méditerranée orientale est la région natale de la Déesse Astarté. Sa présence y est, par conséquent, importante. Des traces de son culte sont présentes en Syrie, en Babylonie… Nous retrouvons bien sûr ses fonctions de protectrice de la reproduction à de nombreuses occasions. A l’inverse, la fonction guerrière de la Déesse est peu attestée en Méditerranée orientale. Elle se fait surtout ressentir dans les régions où la Déesse s’est implantée ultérieurement. Soulignons également qu’Astarté peut être présente dans certaines villes, telles Beyrouth ou Byblos, en tant que Déesse poliade.

De ce berceau, la Déesse s’est propagée, par l’intermédiaire de la marine phénicienne, au-delà de ses frontières, dans de nombreuses contrées de la Méditerranée. Mais avant toute extension par la mer, elle s’implante à haute époque en Egypte, grâce aux mouvements provoqués par les invasions successives qui introduisent la déesse Astarté sur la terre des Pharaons.

La présence d’Astarté la Phénicienne en Egypte est bien connue par toute une série de représentations. La Déesse a rejoint les Dieux égyptiens sous les premiers règnes de la XVIIIe dynastie, c’est-à-dire dans les décennies qui suivent 1580 avant J.C. Dans le panthéon égyptien, tout comme en Phénicie, elle ne se montre pas sous un aspect unique, constant : la variété qu’offrent les documents égyptiens reflète la complexité de cette divinité dans le monde sémitique. Néanmoins, la fonction que les Egyptiens attribuent principalement à Astarté est celle de Déesse guerrière. A ce propos, mentionnons le travail de Jean Leclant qui a étudié les représentations d’Astarté à cheval pour définir cette fonction particulière au pays des Pharaons.

L’échelonnement de ces dernières, depuis le début de la XVIIIe dynastie jusqu’à la période ptolémaïque, témoigne que la divinité à cheval a tenu dans le panthéon égyptien une place notable. Les documents de la Vallée du Nil réunis par J. Leclant nous présentent la divinité à cheval dans un vêtement et avec un équipement qui représentent en quelque sorte l’uniforme des divinités asiatiques aux yeux des Egyptiens : comme Anat et comme Reshep, Astarté à cheval porte ce qui ressemble beaucoup à l’atef égyptien. C’est en fait la haute coiffe conique des divinités asiatiques, flanquée en général de deux plumes. Elle a souvent un bouclier arrondi à la partie supérieure et elle brandit une lance ou une hache-massue. Souvent, elle apparaît dénudée. De plus, il se peut qu’elle soit juchée sur un char syrien.

Ainsi, même si Astarté est intégrée au panthéon égyptien, elle conserve quelques caractéristiques propres aux divinités asiatiques. Nous constatons donc qu’Astarté, en Egypte, développe principalement sa fonction guerrière. Toutefois, elle n’est pas uniquement et toujours une Déesse guerrière. Nous verrons, lors de l’étude de son assimilation avec des Déesses égyptiennes telles qu’Isis ou Hathor, qu’Astarté peut montrer d’autres visages au pays des Pharaons. En revanche, ces aptitudes restent nettement secondaires par rapport à la divinité cavalière qu’elle incarne essentiellement.

Dans son extension vers l’Occident, Astarté n’a pas omis de s’implanter dans diverses îles de la Méditerranée. Ainsi, nous la retrouvons principalement à Chypre, Malte et en Sicile.

Chypre fut sans aucun doute la première escale phénicienne. Un grand temple dédié à Astarté a été mis au jour par des fouilles récentes (deuxième moitié du XXe siècle) dans la partie la plus au nord de la ville de Kition. Ce temple était construit sur les fondations d’un temple du Bronze Récent, abandonné vers l’an 1000 avant J.C. Différents objets ont été retrouvés dans ce temple et à ses abords. Nous avons vu plus haut qu’une double inscription avait été mise au jour, relatant les comptes du temple pour deux mois. Les fragments d’un bol ont également été retrouvés tout près du bâtiment.

Ces éléments datent environ de 800 avant J.C., donc du début de l’occupation phénicienne. Outre la pratique des chants en l’honneur de la Déesse, le culte d’Astarté sur l’île de Chypre est fortement marqué par une pratique de la prostitution sacrée, exercée sur une plus grande échelle que partout ailleurs, qui, de cette colonie, gagna successivement toutes les îles de la Méditerranée, comme nous allons le voir ci-dessous, par l’intermédiaire de la marine phénicienne. En effet, ces temples étaient ordinairement situés sur les hauteurs, en vue depuis la mer, afin que les marins puissent apercevoir de loin, comme une sorte de phare, la demeure de la Déesse. Astarté a donc eu une importance non négligeable dans l’île de Chypre, devenant la divinité principale de ce lieu colonisé par les Phéniciens. Son culte s’est manifesté notamment à travers la prostitution sacrée, pratique qui tend à faire penser que les fonctions mises en valeur dans ce lieu sont celles de déesse de la reproduction et de la fécondité.

Astarté était également très vénérée à Malte. La recherche archéologique est venue confirmer que la distribution géographique des nécropoles phéniciennes correspond à peu près à celle des sites indigènes : ainsi le sanctuaire de Tas-Silg, d’origine indigène et situé à la périphérie de la baie de Marsaxlokk (actuelle ville de Marsascirocco), au sud-est de l’île ; consacré à une Déesse locale, il devient au VIIème siècle avant J.C., sous l’influence phénicienne, un sanctuaire d’Astarté. Les Phéniciens y ont aménagé un édifice mégalithique aux contours bien particuliers : une pièce en forme de demi-cercle constitue l’entrée du sanctuaire, suivi par un deuxième espace ovale où prennent place, au fond, des petites niches certainement destinées aux offrandes. Une inscription retrouvée à Gozo commémore les travaux entrepris par la population de l’île pour la restauration d’un certain nombre de sanctuaires ; le texte signale notamment le naos d’Astarté.

De plus, de nombreuses inscriptions découvertes comportent le nom d’Astarté. L’une de ces épigraphes, gravée sur une Iris, s’étale sur trois lignes et sa lecture ne présente aucune difficulté pour M’hamed Hassine Fantar qui la traduit de la façon suivante : "Voeu d’Aphesyathon à la dame Ashtart". Le nom de la divinité a ainsi été relevé 77 fois sur des tessons.

Au même endroit, on a ramassé un fragment d’os portant une dédicace à la Dame Ashtart. Ce mobilier découvert, en particulier des ivoires de grande qualité ainsi que de nombreux documents épigraphiques (2 dédicaces et 136 textes peints sur vases dédiés à Astarté), montre la richesse du sanctuaire. Toutefois, nous n’avons pas de renseignements quant au culte même de la Déesse. Nous pouvons néanmoins supposer qu’était là aussi pratiquée la prostitution sacrée, à l’instar des autres lieux de culte voués à Astarté, mais il ne nous est pas possible de dire dans quelle mesure ce rite était pratiqué.

Plus à l’ouest encore, Astarté s’est implantée en Sicile. On la rencontre sous le nom de "Strt’rk", qu’on traduit par "Astar d’Eryx", c’est-à-dire "Astarté qu’on adore sur le mont Eryx". D’après Robert Schilling, le revers d’une monnaie romaine du Ier siècle nous donne une idée conforme du site qui est maintenant recouvert par un château : elle représente un temple à quatre colonnes, construit au sommet d’un massif rocheux qui est entouré de remparts s’ouvrant par une porte monumentale. Au-dessus de cette porte, l’inscription "ERUC" ne laisse pas de doute sur l’identification du site. A l’envers de la monnaie paraît la tête de la Déesse. La prostitution sacrée était également pratiquée dans ce sanctuaire. Comme dans d’autres sanctuaires sous influence sémitique, il y avait un groupe de hiérodules attachés directement au service de la déesse.

La présence de la Déesse dans les îles méditerranéennes est, comme nous l’avons constaté, un fait d’une importance non négligeable. Les Phéniciens, au cours de leur trajet vers les colonnes d’Hercule, ont introduit leur culture et leur religion dans des lieux tels que Chypre, Malte ou encore la Sicile. Le culte d’Astarté s’est également propagé dans d’autres îles, mais à des degrés moindres. C’est le cas par exemple de la Grèce, des Baléares ou encore de la Sardaigne.


Audrey Boitte.

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