Pensées de Sri Aurobindo traduites par la Mère:
Aspiration, rejet, don de soi-soumission


A travers sa Shakti, le Divin est derrière toute action, en tout ce qui est fait dans l'univers, mais il est voilé par sa Yoga-Mâyâ et il travaille à travers l'ego du Jîva dans la nature inférieure.

Dans le yoga aussi, le Divin est le Sâdhak et la Sâdhana. C'est la Shakti qui rend la Sâdhana possible par sa lumière, son pouvoir, sa connaissance, sa conscience, son ânanda agissant sur l'Âdhâra (l'être physique), et, quand celui-ci s'ouvre à Elle, se déversant en lui avec ses forces Divines. Mais tant que la nature inférieure est active, l'effort personnel du Sâdhak reste nécessaire.

L'effort personnel qui est demandé est un triple labeur d'aspiration, de rejet et de don de soi. Une aspiration vigilante, constante, incessante, la volonté de l'esprit, la recherche du cœur, l'assentiment de l'être vital, la volonté d'ouvrir et de rendre plastiques la conscience et la nature physiques.

Le rejet des mouvements de la nature inférieure, le rejet des idées, opinions, préférences, habitudes et constructions du mental, afin que la connaissance véritable puisse trouver le champ libre dans un esprit silencieux.

Le rejet des désirs, réclamations, sensations et passions de la nature vitale, de son égoïsme, son orgueil, son arrogance, sa luxure, son avidité, sa jalousie, son envie et son hostilité envers la vérité, afin que le pouvoir et la joie véritables puissent se déverser d'en haut dans un être vital, calme, grand, fort et consacré.

Le rejet de la stupidité, du doute, de l'incrédulité, de l'obscurité, de l'obstination, de la petitesse, de la paresse, du mauvais vouloir à changer et du tamas de la nature physique, afin que la stabilité véritable de la Lumière, du Pouvoir, de l'Ananda s'établisse dans un corps devenant de plus en plus divin.

Le don de soi, de tout ce que l'on est, de tout ce que l'on possède, de chaque plan de la conscience et de chaque mouvement, au Divin et à la Shakti.

Dans la mesure du don et de la consécration de soi, le Sâdhak prend conscience que la Shakti Divine fait la Sâdhana et pénètre en lui de plus en plus en y établissant la liberté et la perfection de la Nature Divine. Plus cette opération consciente remplace son propre effort, plus rapide et véritable devient le progrès. Mais Elle ne peut faire disparaître complètement la nécessité de l'effort personnel qu'au moment où la soumission et la consécration sont devenues pures et complètes de haut en bas.

Remarquez qu'une soumission tamasique refusant de se soumettre aux conditions et demandant au Divin de tout faire et de vous épargner toutes les difficultés et toutes les luttes, est une duperie et ne mène ni à la liberté ni à la perfection.


Sri Aurobindo

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