Album Magique de Pierre, Episode No 20 : La découverte de la vie du Major Davel, martyr du pays de Vaud...

Episode No 20 - La découverte de la vie du Major Davel, martyr du pays de Vaud

Château de Morges – Mercredi 21 juin 2006 – C’est l’été qui s’invite et par une intuition inexplicable, quatre jours plus tôt, une femme qui discute avec les Anges m’a invité à aller à Morges visiter son célèbre château. J’ai donc pris un jour de congé pour ce jour qui est aussi le jour le plus long de l’année.

Ce château de Morges, c’est un ancien carré savoyard, architecture bien connu à laquelle des tours rondes ont été rajoutées dans les angles lors de l’apparition de l’artillerie. Dedans, sont présentées plusieurs expositions que je souhaite découvrir, n’ai-je pas été invité en quelque sorte.

Dans une tour ronde d’angle, je visite une ancienne salle de torture qui me met très mal à l’aise… Un peu plus loin, dans une autre tour ronde, je découvre une exposition sur le Major Davel, un héros et martyr vaudois convaincu que Dieu l’avait pris entre ses mains. Je ne comprends pas pourquoi je suis envahi par une émotion aussi forte, je n’ai aucun lien avec l’histoire vaudoise et les faits d’armes ne m’ont jamais passionné.

Comme il est midi, je décide d’aller déjeuner. A mon retour, en début d’après-midi, je descends les escaliers qui mènent au sous-sol et sur les dernières marches, je suis pris d’un vertige impressionnant. Spontanément, je sais que pour des raisons de discrétions politiques, le Major Davel a été torturé dans cette pièce juste à ma gauche et non dans la salle de torture du premier étage.

Trois jours plus tard, à la brocante de Plainpalais de Genève, je découvre un ouvrage limité et numéroté de Juste Olivier : "Le Major Davel", des éditions Mermot. Cette édition, très rare et relatant le martyr de Jean-Daniel Abraham Davel, a été imprimé le 24 avril 1959, jour anniversaire de l’exécution de ce héros, en 1.850 exemplaires seulement et celui qui me vient entre les mains porte le No 717…

A peine lu, je découvre chez un autre brocanteur, un autre livre encore plus ancien mais de Mr. Landry : "Le Patriote sans Patrie". Il est lui aussi imprimé dans une édition limitée mais à 2.500 exemplaires, et le mien porte le No 1938. Ces deux livres sont comme neufs et, d’après leurs couvertures de protection ont dû faire partie d’une bibliothèque privée. Ont-ils seulement été lus ?

L’histoire de cet homme est extraordinaire. Il fut appelé criminel, parce qu’il avait voulu qu’un mieux sensible marquât la condition des hommes en ce pays de Vaud. 35 ans plus tôt, une jeune et très belle femme lui avait fait rencontrer Dieu et, par elle, il avait apprit que ce dernier aurait besoin de son aide…

© Pierre pour CROIX de LUMIERE. . .

Histoire du Major Jean Daniel Abraham Davel

Né à Morrens le 20 octobre 1670, où son père était pasteur, il suit sa mère devenue veuve à Lausanne en 1676, accompagné de ses trois frères et de sa sœur. Dès l'âge de huit ans, il suit les classes du Collège latin de Lausanne. En 1686 il entre chez un notaire pour y faire un apprentissage. Dès qu’il est reçu notaire, il peut s'installer à Cully, il n'est alors âgé que de 18 ans.

En septembre 1687 ou 1888, il supervise les vendanges de la propriété familiale quand une jeune femme inconnue, une diseuse de bonne aventure, d’une très grande beauté impressionnante et d’une prestance impressionnante entra comme domestique de la maison Davel. Un soir, elle initia Jean Daniel à une pratique mystique où elle lui prédit qu’il serait appelé de Dieu en aurait eu le dessein. Elle lui assura aussi qu’il serait soutenu par une force supérieure qui le ferait agir et exécuter. Enfin, elle l’oignit pour être un instrument d’élite en la main de Dieu.

Il sera notaire un peu plus de trois ans, entre décembre 1688 et avril 1692. Davel suit la tradition suisse du service mercenaire à l'étranger. La période y est particulièrement propice, puisque la guerre est générale en Europe: le roi de France est aux prises avec une immense coalition allant de l'empereur au roi d'Espagne, du roi d'Angleterre au duc de Savoie. La Révocation de l'Edit de Nantes a marqué les esprits et Davel s'engage tout d'abord dans les armées protestantes au service de Guillaume d'Orange. En 1708, il quitte l'armée austro-hollandaise pour passer dans les rangs des français. Ce changement de cap, quoique conforme aux coutumes de l'époque, constitue un enrôlement tout de même curieux pour ce protestant qui avait vécu la Révocation de l'Edit de Nantes et eu conscience de ses conséquences funestes. Davel fut en outre profondément marqué par l'afflux de réfugiés huguenots.

C’est en 1711 qu’il est de retour à Cully. En 1712, il est du côté des Bernois dans le cadre de la seconde guerre de Villmergen. Après la victoire des cantons protestants, les Bernois lui servent une rente pour les services rendus, il reprend alors ses activités juridiques.

En juillet 1717, il est nommé major d'un des quatre départements militaires du Pays de Vaud, celui comprenant Lavaux, Vevey et Oron. Davel mène alors une existence tranquille. Son état de notable lui procure une place de choix pour observer ce qui se passe autour de lui et il ne peut que constater l'autoritarisme de Berne dans les affaires militaires, où les Vaudois sont relégués dans des emplois subalternes, les procès, les charges qui pèsent sur les Vaudois quand les gouverneurs comptent sur eux pour s'enrichir en quelques années, la disparition des rares libertés politiques encore concédées aux sujets vaudois.

La situation morale et matérielle dans laquelle végètent une grande partie des gens de son pays, le cadre toujours plus contraignant qui était le leur et le mécontentement qui en résultait, ont certainement porté Davel à analyser toujours plus sévèrement l'état des choses et l'ont finalement déterminé à agir contre Berne. Mais comment comprendre plus avant les motivations du major ?

Peut-on y voir se dessiner les idées des Lumières ?

Le document fondamental pour mieux comprendre sa vision de la situation vaudoise est le Manifeste qu’il a lui-même rédigé. C’est une sorte de cahier de doléances, écrit à la manière d’un réquisitoire. Davel y analyse les défauts et les abus du gouvernement bernois dans l'ordre politique et social. Ses griefs touchent l'administration, le fisc, le commerce, la justice, l'Académie, l'Eglise enfin. On peut être surpris que le thème de la liberté vaudoise n’y soit pas directement abordé car le major Davel critique surtout le monopole des hautes charges militaires. Les bernois reconnaissent d'ailleurs le bien-fondé des critiques et des revendications de Davel. On a en effet retrouvé les commentaires du plus haut magistrat bernois de l'époque, Christophe de Steiger, qui l'attestent.

Le 31 mars 1723, il entre dans Lausanne accompagné de 500 à 600 hommes non armés, au moment où les baillis bernois sont absents. Là, il rassemble le conseil municipal et lui présente son manifeste. Il rend alors public son plan visant à l'autonomie du pays de Vaud. Le conseil municipal fait toutefois un rapport immédiat à Berne sur l'incident et Davel est arrêté le 1er avril par ses propres amis qui lui ont tendus un piège. Pour Berne, le plus important est de savoir si quelque chose est en train de se tramer. Le Major Davel affirme qu’il a agit seul. Il maintiendra, même sous la torture, que son entreprise lui a été suggérée directement par Dieu et qu'il n'a aucun complice. Il est condamné par le tribunal des bourgeois et citoyens lausannois à mort et il est décapité le 24 avril à Vidy.

Les idées des lumières n’ont certainement pas influencé directement le major Davel, la liberté qu’il cherche à acquérir pour les vaudois est avant tout ce qui devrait permettre l’autonomie de la Patrie vaudoise, sans aucunes autres visées intellectuelles. Ce que le major Davel aurait fait du pouvoir conquit sur les bernois, une fois les réformes indiquées dans son Manifeste appliquées, on l’ignore.

En 1798, avec l’accès à l'indépendance des vaudois, Frédéric-César de Laharpe cherche à faire reconnaître en Davel sinon le précurseur, du moins un martyr des idées nouvelles et surtout de la liberté vaudoise. Mais l’indifférence envers l’entreprise du major est quasi générale. L'Assemblée provisoire du Pays de Vaud réhabilite les condamnés politiques immédiatement après la Révolution mais le major Davel ne fait pas partie des élus. C'est Juste Olivier, historien et poète, qui fait véritablement redécouvrir Davel aux Vaudois en 1842. L'obélisque de Cully date de cette époque et le tableau de Gleyre est réalisé en 1850. Les Vaudois ont enfin leur héros…

Tableau du Major Davel, par le peintre Gleyre...